• Membres
  • Anciens doctorants et post-doctorants

Garnoussi Nadia

Sociologue

 

Présentation

Mes travaux ont pour fil conducteur la co-production, entre acteurs et institutions des conceptions qui façonnent le champ contemporain de la santé mentale. Suivant une perspective compréhensive qui s'intéresse à la production du sens des pratiques j'analyse les évolutions croisées des politiques publiques, des offres thérapeutiques et de l'expérience des troubles mentaux.

Mes recherches post-doctorales (2009-2012) m'ont plus particulièrement conduite à rendre compte de la constitution des troubles psychiques courants comme priorité de santé publique au niveau européen. Les campagnes de prévention contre la dépression en France et en Angleterre ont été étudiées dans cette perspective ainsi que les rapports (OMS-Europe, Commission Européenne) fixant le cadre des stratégies devant être mises en œuvre dans les différents pays européens.

J'ai insisté sur la construction d'une rhétorique qui articule étroitement deux discours et deux registres de légitimité : d'une part, le plaidoyer pour la déstigmatisation et la reconnaissance des troubles mentaux comme maladies "comme les autres" et, d'autre part, la référence aux progrès d'une "médecine du comportement" fondée sur les données de l'imagerie cérébrale

Parallèlement, l'enquête menée auprès d'individus déprimés a permis de dégager les logiques de rationalisation du vécu dépressif suivant les négociations pouvant s'opérer entre les lectures psychologisante, biologisante, sociologisante aujourd'hui disponibles.

Il s'agit notamment de questionner la diffusion et l'impact dans le discours commun du savoir neuroscientifique sur le fonctionnement du cerveau ainsi que la relativisation qui en découle de la spécificité des troubles mentaux par rapport aux maladies somatiques. C'est aussi les limites de ce discours que nous analysons en dégageant le poids des normes liées à la réflexivité individuelle et au travail sur soi : dès lors on interroge la coexistence de poussées standardisantes et de dynamiques maintenues de singularisation de l'expérience des troubles mentaux, en fonction des différents milieux sociaux.

Dans la continuité des problématiques de la sécularisation investiguées pendant ma thèse (2007) sur la psychologisation des offres de spiritualité, je travaille sur de nouveaux bricolages repérable dans le champ de la médecine mentale, en particulier parmi les TCC dites de « 3e génération ». Ces thérapies fondées sur les preuves revendiquent en effet une approche globale de la santé et importent pour ce faire des méthodes alternatives de soin comme la méditation. Nous nous intéressons dans ce cadre à l'extension de la médecine mentale vers un domaine « existentiel » rassemblant les questions et les techniques dédiées au bien-être et au bien-vivre individuel.