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Belén Jiménez

Psychologue, historienne des sciences, hispaniste

Post-doctorante au Cermes3
Bourse de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme, FMSH]
Contact : bjimenez(at)msh-paris.fr

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Recherches actuelles

Mon projet postdoctoral vise à explorer les discussions qui ont eu lieu au début du XXe siècle sur les conséquences de la pénétration du savoir anthropologique dans le domaine juridique. Dans le prolongement d'une ligne de recherche que j'ai fait débuter dans ma thèse doctorale, je pars de l'hypothèse qu'une telle pénétration finirait par déplacer à l'arrière-plan la réflexion morale sur la question de la responsabilité et avec elle le débat sur la personne et l'obligation morales. En bref, je suis la piste d'un problème qui aujourd'hui est encore loin d'être résolu.

Spécifiquement, mon projet entend analyser les conditions d'émergence de la tension pratique mentionnée ci-dessus ou, en d'autres termes, le moment où le sujet commence à prendre une forme "paradoxale". Le projet explore la période –généralement appelée de l'épistème moderne– où ont lieu les conditions d'émergence d'un type particulier de discours qui considère l'homme comme une chose alignée avec les autres –objet d'étude en tant que réalité physique et biologique– et, en même temps, comme le fondement de toute ces choses –la source d'action intentionnelle en tant que personne–. Je suis intéressée à l'analyse de comment émerge la question de l'existence d'un lien contingent entre sujet et politique, à mesure que se « naturalisent » les catégories de sujet et d'action.

En ce qui concerne ce dernier point, je suis intéressée également à l'étude des réponses possibles qu'à l'époque déjà quelques intellectuels offrent à la difficulté pratique d'attribuer la responsabilité à un sujet qui, même si il doit être compris comme la source de l'action morale, appartient à la nature, c'est à dire, qui n'est pas "libre". Plus précisément, je voudrais explorer la réponse liée à ce qu'on appelle "pragmatisme juridique", c'est-à-dire, la position des différents juristes positivistes qui, inspirés par le pragmatisme des auteurs tels que le psychologue américain William James (1842-1910), ont la prétention de surmonter les stériles controverses sur le sujet de droit et de la personne morale : dans le cadre du pragmatisme, la situation juridique doit être comprise comme un ensemble de concepts qui sont vrais, car avec leur aide on peux arriver à protéger des situations sociales qu'il est légitime de protéger. En outre, à partir de ce point de vue pragmatique, il est possible d'exiger du sujet une responsabilité car il doit –il y est obligé– se comporter comme s'il était responsable de son action ; une position qui suppose nécessairement, entre autres choses, une certaine idée de « citoyen » et/ou du sujet responsable.

Bien que cette position dite de « pragmatisme juridique » –comme une réponse possible au problème du sujet paradoxal– a été localisée à la suite de ma recherche doctorale, cette dernière n'a pas été explorée. Ainsi, ce qui m'intéresse dans ce projet est de suivre la trace de cette position qui, dans le contexte espagnol, a été ouvertement posée par le positiviste Quintiliano Saldaña (1878-1938). Saldaña est considéré comme l'un des auteurs les plus importants de l'histoire du droit et de la criminologie en Espagne.
Saldaña, auteur d'importance internationale, a eu un échange intéressant avec divers auteurs inscrits au « pragmatisme » avec lesquels il dialoguait : Léon Duguit (1859-1928) ou Emmanuel Lévy (1871-1944), des références intellectuelles appartenant à l'orbite française.

Ainsi, dans ce projet je pars méthodologiquement du travail théorique du Saldaña et des autres auteurs espagnols pour explorer les discussions autour du « sujet » et de « l'action » de cette période et, plus spécifiquement, pour explorer la discussion franco-espagnole de caractère pragmatique en matière d'attribution de la responsabilité. Cette position modifiera le droit même, comme les juristes eux-mêmes le suggèrent à l'époque tels que Duguit.