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Eberhart Joséphine

Doctorante en sociologie, EHESS

Titulaire d’un Contrat Doctoral Spécifique aux Normaliens

Contact : josephine.eberhart(at)ens-cachan.fr

Titre (provisoire) de la thèse : Déchiffrer et soigner la douleur en médecine générale. Sociologie de la prescription

Sous la direction de Jean-Paul Gaudillière

"J’ai mal docteur". Cette phrase peut à elle seule résumer 40% des consultations chez le médecin généraliste. La douleur est une expérience commune, connue de tous, et qui compte parmi les cibles de l’action du médecin d’après le fameux serment d’Hippocrate ("Je ferai tout pour soulager les souffrances"). Pourtant, ce n’est qu’au cours du dernier quart du XXème siècle que des centres de consultation sont dédiés à la douleur et que des professionnels sont formés spécifiquement à sa prise en charge. Il est alors surprenant de constater que si soulager la douleur fait bien partie des prérogatives du médecin depuis plusieurs siècles, le fait de la définir comme une priorité en lui accordant une prise en charge appropriée, intervient paradoxalement très récemment.

Ainsi, en France, deux phénomènes semblent coexister en matière de prise en charge de la douleur. D’une part, la sous-utilisation des antalgiques forts en médecine de ville conduit à laisser souffrir de douleurs non soulagées de nombreux patients, situation qui apparait d’autant plus inacceptable qu’une politique de libéralisation de la prescription d’antalgiques a été mise en place, fondée en particulier sur l’allongement des durées de prescription ou d’initialisation de traitements. D’autre part, les recommandations en matière de "bonnes pratiques" à l’égard des médecins signalent la nécessité d’adapter la prescription à l’intensité et l’étiologie de la douleur, en procédant à un contrôle et à une réévaluation régulière du traitement dans le but notamment d’éviter toute dépendance ou addiction.

Les médecins sont donc confrontés à une forme de double bind, puisque tout est mis en œuvre pour qu’ils puissent prescrire des antalgiques forts à des patients qui souffrent, alors qu’en parallèle, ils sont sans cesse amenés à prendre en compte les risques que ce type de prescription comporte. Comment comprendre que certains mettent l’accent sur des patients dont les douleurs restent peu soulagées et d’autres se focalisent sur les risques d’addiction qu’engendrent les molécules censées soigner ces douleurs ? Comment expliquer que les recommandations en termes de bonnes pratiques soient finalement fondées sur un risque lié au mésusage que les patients peuvent faire de ces médicaments alors même que les (nombreux) cas de patients non soulagés sont bien souvent passés sous silence ?

Ce travail de recherche a donc pour but de comprendre la prise en charge de la douleur par les médecins généralistes en France. Il vise à expliquer l'écart qui peut exister entre un cadre réglementaire qui permet de plus en plus la prescription d'antalgiques forts (morphine et ses dérivés), et la réticence qu'ont les médecins généralistes à utiliser ce type de molécules pour soulager leurs patients.

Enseignement : Méthodes Quantitatives en Sciences Sociales (Master 1) – ENS Cachan