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Schmitt Florent

Doctorant en sociologie, Université de Paris XI 

Contrat doctorale de l’Ecole Doctorale de Santé Publique (EDSP), période 2015-2018

Contact : florent.schmitt(at)mailoo.org

Curriculum-vitae

Titre de la thèse : La réduction des risques liés aux usages de drogues au quotidien : entre travail de diffusion-inculcation du "souci de soi" et régulation des marginalités

Sous la direction conjointe de Marie Jauffret-Roustide et Isabelle Ville

Encore peu étudié, notre objet de recherche porte sur les modalités pratiques et éthiques de l’intervention en réduction des risques (RDR) dans les Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD). Ces établissements ont pour objectif de préserver la santé des usagers de drogues par la distribution de matériel stérile (outils d’injection, pipes à crack,…), la sensibilisation aux risques sanitaires (VIH, hépatites, infections bactériennes, overdoses…) et l’orientation vers le soin. Elles participent aussi à la lutte contre l’exclusion en favorisant l’accès aux droits sociaux et la reconstruction du lien social. Ces deux grandes missions, souvent menées à la croisée d’une même situation individuelle, doivent être analysées dans leur conditionnement mutuel. Il s’agit alors précisément d’appréhender les différents enjeux qui jalonnent la construction et le déroulement des rapports entre les professionnels travaillant dans ces établissements (éducateurs, psychologues, infirmières, assistante sociale…) et leurs usagers. Soit, pour l’essentiel : les modes de "captation" d’un public stigmatisé et généralement peu familier des standards institutionnels, les formes de responsabilisation face aux risques (sanitaires, sociaux, judiciaires…) et de gestion des souffrances (physiques et morales) d’usagers souvent précaires sur le plan économique et affectif, mais aussi les ressorts spécifiques de l’engagement des professionnels dans le travail et ceux nécessaires au maintien de l’ordre institutionnel.
Inspiré par la sociologie des relations de services, nous mettons l’accent sur la façon dont ces professionnels acquièrent des modèles d’action et des savoirs techniques au cours de leurs trajectoires sociales et de leurs expériences, et, parallèlement, organisent différentes ressources matérielles et temporelles pour répondre à leurs missions. À cela s’ajoute aussi la prise en compte, ici centrale, de l’inventivité et des compromis face aux dysfonctionnements, aux contraintes organisationnelles, territoriales et politiques ainsi qu’aux capacités des usagers à affirmer leurs choix, négocier leur statut, jouer avec les règles internes et se réapproprier l’espace institutionnel.
Cette recherche repose sur l’observation participante du fonctionnement de deux CAARUD, l’un situé dans une petite ville environnée par des espaces ruraux, l’autre dans une grande ville. Ce choix vise à mieux discerner l’influence des caractéristiques territoriales sur les conditions de la relation professionnel-usager (niveau de maillage des transports collectifs, niveau d’accès aux logements, densité populationnelle…). Le sens des situations observées sera étayé par des entretiens biographiques avec des professionnels de RDR et des usagers de drogues. Par ailleurs, nous recoupons ces observations avec différents documents internes aux établissements : rapports d’activités, archives, journaux de bord tenus par des usagers... En complément, nous menons des immersions au sein de "scènes" de consommation/revente dans des espaces publics (cages d’escaliers, parkings, forêts…) et des observations aux domiciles d’usagers pour mieux rendre compte des problématiques sociales et sanitaires que les professionnels affrontent.