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Une entreprise inaccessible ? Faire la preuve des pathologies environnementales par l’épidémiologie. L’exemple du nucléaire en Grande-Bretagne et en France

Soutenance de thèse de Laura Barbier

25 novembre 2019, à 14h30

Salle J536 (bât Jacob, 5e étage), Université Paris Descartes, 45 rue des Saints Pères, 75006 Paris

Jury

Madeleine Akrich, directrice de recherche, Ecole des Mines de Paris (rapportrice)

Soraya Boudia, professeure des universités, Université Paris Descartes (directrice de thèse)

Francis Chateauraynaud, directeur d’études, EHESS

Angela Creager, professeure des universités, University of Princeton

Jean-Paul Gaudillière, directeur de recherche/directeur d’étude, Inserm/EHESS (directeur de thèse)

Emmanuel Henry, professeur des universités, Université Paris Dauphine (rapporteur)

Résumé de la thèse

Cette thèse part du constat du maintien d’une forte incertitude sur la question des risques de cancer autour des installations nucléaires en fonctionnement de routine, alors qu’une quantité très abondante d’études épidémiologiques ont été menées sur plus de trois décennies. Mon travail cherchera à éclairer cette situation d’apparence paradoxale à partir de l’étude de deux cas de controverse portant sur le risque de cancer et de leucémie infantiles encouru par les riverains d’usines de retraitement des combustibles nucléaires usés : celle de Sellafield au Nord-Ouest de l’Angleterre et de la Hague au Nord-Ouest de la France. La thèse s’intéresse à la production des connaissances scientifiques et à leur mobilisation dans l’administration de la preuve publique et dans la gestion de ces controverses. Elle montrera que l’existence d’une forme d’incertitude scientifique inhérente à la complexité des pathologies environnementales (étiologie multifactorielle des maladies, difficultés liées à la reconstitution des expositions, au temps de latence entre exposition et survenue des maladies) se trouve renforcée par les standards de preuve épidémiologiques dominants dans les différents contextes d’expertise. Dans les deux cas britannique et français, l’orientation et l’interprétation des études menées par les experts ont été fortement contraintes par un présupposé largement partagé par les épidémiologistes selon lequel les doses de radiations reçues par la population sont trop faibles pour expliquer les excès de cancers observés. Les experts français ont en outre établi une hiérarchie dans le statut de la preuve en fonction du type d’études épidémiologiques, qui se traduit par la disqualification de l’ensemble des études menées, de design géographique et considérées comme « descriptives ». Ces pratiques ont pour conséquence que les résultats des études investiguant le lien entre l’activité normale des usines et le risque de cancer infantile sont interprétés comme incertains.

En outre, bien que les experts en Europe et aux Etats-Unis s’accordent pour recommander des études épidémiologiques améliorées à plus grande échelle, ces prescriptions n’ont pas été suivi d’effet. On est ainsi en présence d’une situation d’undone science relative, qui peut s’expliquer par le désinvestissement des experts et la méfiance des autorités de régulation vis-à-vis d’études aux résultats imprévisibles. Parallèlement, la mobilisation de contre-experts qui ont proposé d’autres manières de faire est restée faible, alors que l’argument sanitaire a eu tendance à se marginaliser dans la critique du nucléaire.

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