• Le Cermes3

Le Cermes3

Le Cermes3, Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société, est un laboratoire multidisciplinaire consacré à l'analyse sociale des transformations des mondes des sciences, de la médecine et de la santé ainsi que leurs rapports à la société. Dans son projet actuel, il a choisi d’analyser ces transformations à la lumière de la notion de « crise », en s’intéressant tout particulièrement aux effets spécifiques induits par la convergence de différents types de crises. Le laboratoire réunit des sociologues, des historiens, des anthropologues, des politistes, des économistes, des psychologues et des philosophes.

Le Cermes3 est un laboratoire du CNRS (UMR 8211), de l’Inserm (U 988) de l’EHESS et de l’Université Paris Descartes. Il est rattaché à deux Labex : Sites et Tepsis.

Un peu d’histoire

Le Cermes3 a pour origine la fusion en 2010 entre Le Cermes, unité mixte CNRS, Inserm et EHESS fondée en 1986 par Claudine Herzlich et dirigée de 1998 à 2009 par Martine Bungener et du Cesames, unité mixte CNRS, Inserm et Université Paris Descartes créée en 2004 dont le directeur était Alain Ehrenberg.

De 2010 à 2018, sous la direction de Jean-Paul Gaudillière, l’unité a consacré ses travaux à l’analyse sociale des transformations contemporaines des mondes des sciences, de la médecine et de la santé et de leurs rapports à la société.

  

Le Cermes

Unité mixte CNRS, Inserm et EHESS, le Cermes "Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé et Société" a, dès son origine en 1986, exploré les rapports entre savoirs, pratiques de soin, de prise en charge et organisation du système de santé caractéristiques de l’après-guerre. Les recherches réalisées en son sein se sont particulièrement attachés à comprendre les facteurs qui ont mené à l’épuisement progressif de la délégation accordée par la société à la biomédecine et à la science au sortir de la guerre :

  • les transformations des connaissances scientifiques et techniques et plus généralement des savoirs sur la maladie, qui ont contribué en particulier à la définition d’un nouvel espace pour la santé publique ;
  • les changements du tableau épidémiologique dominant les sociétés occidentales, l’essor des pathologies chroniques et des problèmes de prise en charge induits notamment par les évolutions démographiques et le vieillissement des populations ;
  • le rôle croissant joué par des acteurs jusque-là peu impliqués dans l’organisation du système de santé et les décisions médicales, en particulier les patients et leurs proches mais aussi l’industrie pharmaceutique ou les biotechnologies ;
  • les reconfigurations plus générales des régulations économiques et de la protection sociale qui ont progressivement mis fin au statut d’exception des dépenses de santé et légitimé l’idée d’une hiérarchie des besoins et des interventions.

En 2009, lors de la fusion avec le Cesames, le Cermes était dirigé par Martine Bungener et regroupait XX membres appartenant à un large éventail de disciplines : sociologie, économie, histoire, épidémiologie, anthropologie, sciences politiques.

Le Cesames

Unité mixte CNRS, Inserm, Université Paris Descartes, le Cesames, Centre de recherche psychotropes, santé mentale, société a poursuivi un travail amorcé en 1990 au sein de l’Association Descartes puis d’un GDR du département SHS du CNRS (G 1106 "Psychotropes, Politique, Société").

Le Cesames a étudié, dans une perspective de sciences sociales, l’émergence et les transformations de la "santé mentale". Cette notion qui a acquis une très grande visibilité au cours des trente dernières années signale un changement de paradigme dans la production socio-médico-morale des individus contemporains : non plus  seulement traiter les maladies mentales, mais aussi optimiser l’homme "normal" et ses performances, induisant par là une reconfiguration générale des frontières entre normal et pathologique. Favoriser l'esprit "normal", dans ce nouveau paradigme, c’est œuvre audéveloppement de ses capacités dès la conception, à l'augmentation de la qualité de la vie au moyen d'une bonne gestion de sa vie psychique, à la régulation de ses performances, à leur accomplissement dans le "développement personnel" et "l’estime de soi". Il s’agit désormais de prendre en charge un individu considéré en intégrant l’ensemble de ses conduites, donc de sa socialité, en prenant en compte les vulnérabilités qui l’exposent au mal-être, aux conduites à risque, et, en fin de compte, mais seulement dans les formes les plus extrêmes, à la maladie psychiatrique traditionnelle. Ce déplacement de la maladie mentale à la santé mentale affecte donc non seulement les normes et dispositifs d’action, le rôle des diverses catégories d’intervenants, mais aussi les modes d’expression et de prise en compte des besoins des patients.

Fondé par Alain Ehrenberg qui l’a dirigé jusqu’en 2009, le Cesames regroupait des chercheurs de plusieurs disciplines : sociologie, histoire, anthropologie, philosophie et démographie.

Le Cermes3 de 2010 à 2018

Trois problématiques transversales structuraient le projet scientifique :

La place des savoirs, des outils et les questions de l’innovation
L’innovation constitue une composante essentielle du modèle biomédical. Considérée comme la source potentielle de progrès diagnostique et surtout thérapeutique, elle est aussi la cible de nombreuses interrogations. Celles-ci émanent aussi bien des acteurs que des analyses de sciences sociales et concernent : les formes de savoirs ; la complexité des liens entre recherche et pratiques de soin ; les risques et effets adverses des interventions ; l’accès aux innovations et les inégalités de santé ; la diversification des acteurs (inclusion, participation).

Les politiques de santé et les dispositifs d’intervention et de prise en charge
La montée, dans le champ de la santé, des exigences de performance et d’évaluation remet en cause le primat des régulations professionnelles tandis que se développent de nouvelles formes d’articulation entre médical et social dans les prises en charge, en particulier hors hôpital. Parallèlement, la gestion des inégalités et vulnérabilités fait de plus en plus souvent appel à la diversification des dispositifs visant des populations ou groupes "cibles" et la "réduction" des risques.

La mondialisation de la santé
Particulièrement visible aujourd’hui, la reconfiguration de la santé publique internationale autour du "global" renvoie à des changements en prise sur la nouvelle phase de mondialisation économique mais qui touchent également au statut des savoirs (locaux ou traditionnels), à la nature des acteurs (pays émergents, Banque mondiale, partenariats publics/privés), à la définition des maladies (négligées, émergentes) et celle des outils d’intervention (éradication par la thérapie).

Le projet scientifique aujourd’hui

Pour son nouveau projet scientifique, le Cermes3 a choisi de poursuivre son travail sur les transformations des mondes de la médecine et de la santé, en se saisissant de la notion de crise pour étudier la montée des tensions sur et au sein des mondes de la médecine et de la santé, susceptibles de provoquer des situations de rupture ou de basculement. Il s’agit d’explorer les effets de ces crises sur les politiques de santé et de protection sociale afin d’éclairer les disputes et les arbitrages concernant l’extension de la couverture universelle des soins, le prix des innovations médicales et l’invention de nouveaux dispositifs de solidarités et de prise en charge des patients et des populations. Nous nous intéressons également aux conséquences sur le monde de la santé des crises touchant aussi bien l’innovation thérapeutique, que l’expertise scientifique, la santé environnementale et le traitement des situations d’urgence humanitaire. L’objectif est donc de privilégier une approche de sciences sociales à même d’éclairer les dynamiques sociales et politiques des crises affectant les mondes de la santé et de la médecine mais aussi leurs enjeux politiques, économiques, juridiques et éthiques. Plus généralement, nos analyses sont une contribution à la compréhension des transformations de nos sociétés globalisées, qui requièrent plusieurs angles d’approche : la régulation de l’expertise, le travail in situ, la production, les usages et les conséquences des innovations.

Pour conduire ce programme qui articule crises et transformations médicales, sanitaires et sociales, notre laboratoire mobilise quatre savoir-faire :

  1. des compétences spécifiques en matière d’analyse de la production, de la circulation et des usages des savoirs et des techniques,
  2. une approche diversifiée/multifacette de l’innovation, au croisement des besoins de santé, des couvertures sociales et des marchés,
  3. l’observation du travail et des pratiques médicales et de soins,
  4. une approche renouvelée de la globalisation prenant en compte les effets de symétrie entre les Nords et les Suds.

Nos travaux s’inscrivent dans le prolongement des thématiques historiques du Cermes3 (le rapport au savoir scientifique ; l’importance des outils techniques dans les pratiques cliniques ; les politiques de santé…), tout en ouvrant de nouveaux terrains d’investigation et en abordant plus frontalement les questions que les crises contemporaines posent aux mondes de la santé.

Pour accomplir ce programme, le Cermes3 est en mesure de déployer des approches transdisciplinaires susceptibles de réunir sociologues, historiens, anthropologues, politistes, psychologues ou économistes sur des objets et des projets communs investigués par des méthodes complémentaires (archives, enquêtes ethnographiques, entretiens, analyse quantitative). Il conduit des recherches en coopération étroite avec des juristes, des philosophes mais aussi avec des acteurs de la recherche biomédicale (cliniciens, biologistes) et de la santé publique.

Le programme du laboratoire associe trois axes de recherche pluridisciplinaires :

1/ diversification des pratiques et des lieux du soin

Nous nous intéresserons ici à la diversification des pratiques de soin, telles qu’elles sont mises en œuvre dans différents mondes sociaux : le monde médical, mais aussi l’école, la famille, le travail, etc… Ces recherches seront menées dans la continuité des travaux antérieurs du CERMES sur le travail médical, en prenant au sérieux les effets des crises sur les pratiques de soin : désinstitutionalisation, remise en cause du professionnalisme et instrumentalisation du soin. Nous analyserons les organisations, formelles et informelles, du soin, leurs transformations et la manière dont elles redistribuent le travail de soin entre les acteurs, professionnels ou profanes. Nous nous intéresserons également aux trajectoires de soin en tenant ensemble deux entrées : par les personnes et par les dispositifs.

2/ politiques des savoirs

Les recherches menées au sein de cet axe portent sur les régimes de (co-)production des savoirs sur la santé, envisagés dans trois types de configuration complémentaires : recherche biomédicale, interventions sur les populations et dispositifs d’expertise. Notre objectif principal consiste à prendre appui sur différentes traditions d’analyse des enjeux politiques sous-jacents à la production et à la circulation des savoirs, de manière à mieux saisir les différents types de « crises » et autres « situations critiques » partiellement imbriquées : crise de l’objectivité, crise de l’innovation thérapeutique et technologique, crise des modèles de prises en charge de populations cibles, crise de l’expertise…. L’hypothèse qui sous-tend nos travaux est que l’essentiel des critiques adressées, avec une acuité croissante, au cours des dernières décennies, aux dispositifs d’expertise aussi bien qu’aux modes de production et de publicisation du savoir scientifique dans le domaine de la santé renvoie à une série de tensions suscitée par la référence à l’objectivité du scientifique et, par extension, de l’expert. Ni la mise en évidence par de nombreux auteurs du caractère inatteignable de cet impératif absolu de distanciation, apparu au dix-neuvième siècle, ni la formulation plus récente d’épistémologies alternative n’ont abouti à une remise en cause de cette norme sociale à la fois centrale et problématique. Nos travaux visent notamment à explorer les deux aspects complémentaires de cette « crise de l’objectivité » : les conflits d’intérêts et l’incapacité, symétrique, des experts et des scientifiques à faire toute leur place aux intérêts légitimes des patients et des différentes catégories d’usagers.

3/ innovations, marchés et protection sociale

Les liens entre protection sociale et marchés de la santé ont connu depuis plusieurs décennies des évolutions remarquables. Si le financement et la rentabilité́ des biens et produits de santé dépendent toujours d’une couverture sociale qui assure la solvabilité de leur demande, l’accord passé entre innovation et couverture sociale pourrait être sur le point de se rompre en raison d’une inflation vertigineuse des prix interrogée par les payeurs publics et sociaux des Etats-Unis et de l’Europe, notamment autour du cancer et des hépatites. Les prix et l’accessibilité des innovations dans les pays à bas et moyens revenus des suds continuent à être des enjeux majeurs dans le contexte des projets de couverture universelle, encore très virtuels, portés par l’OMS. Parallèlement, se multiplient les problèmes sanitaires liés à la diffusion débridée de produits ou composants chimiques (pesticides, herbicides, produits domestiques) dont la nocivité peut donner lieu, quand elle est détectée, à des réactions nationales et/ou internationale parfois divergentes. Les espaces nationaux, comme lieux d’ancrage traditionnels de la protection sanitaire des populations, sont ainsi débordés par le développement de marchés souvent liés, dont l’influence sur la santé publique est sinon pernicieuse du moins délicate à cerner.  Notre programme de recherche comporte 4 thématiques : 1) les tensions entre couvertures sociales et innovations ; 2) les logiques transnationales des marchés de la santé ; 3) l’impact des innovations sur les risques de santé et leur régulation ; 4) la globalisation des marchés et la circulation des modèles de protection sociale.

Partenariats et collaborations

Si les contrats de recherche et les collaborations internationales nouées par les chercheurs du Cermes3 témoignent du rayonnement académique de leurs travaux, ces derniers bénéficient aussi d’une large diffusion auprès des instances de santé publique, assurée par la participation de ses chercheurs aux instances consultatives en santé publique ou aux comités scientifiques des agences sanitaires. La direction ou l’implication des membres du laboratoire dans la coordination de plusieurs Masters reflète par ailleurs leur investissement dans l’enseignement et la formation à la recherche.

L’inscription dans deux Labex aux thématiques fortement complémentaires

Sites - Sciences, Innovations et Techniques en Société

Porté par le PRES Université Paris-Est (ESIEE, Ecole des Ponts ParisTech, UPEM), le Pres Hesam (EHESS, Cnam), le CNRS, l'Inra, l’IRD et l’Université Paris 13, il regroupe plus de 150 chercheurs appartenant à 7 groupes de recherche travaillant sur les sciences et les techniques, les dynamiques de leur production, leurs rapports à l’économie et au politique.

Tepsis - Transformation de l'Etat, politisation des sociétés, institution du social

Porté par le Pres Hesam (EHESS, Cnam), il rassemble des chercheurs et des équipes appartenant à 13 Unités Mixtes de Recherche associées au CNRS et au centre de recherche de l’ENA et se donne pour objet la diversité des modes d’intervention du politique dans la Cité et dans l’espace des sociétés.

Formation

Ecoles doctorales

Une véritable animation scientifique pluridisciplinaire enrichit et complète le travail des directeurs de thèse des doctorants (plus de 50 aujourd’hui, tous financés) : comités de thèse, séminaire des doctorants, ateliers, journées des doctorants.

Cette politique se prolonge par l’accueil de post-doctorants visant à compléter leur formation et les accompagner dans leur projet professionnel (enseignement, recherche ou autre).

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