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Payer de sa personne. Une ethnologie de la consultation pour adolescents suicidaires

Contrat DREES / Observatoire National du Suicide (2019-2020| Cermes3
Coordinateur : Philippe Le Moigne, Cermes3 (en collaboration avec Margot Morgiève)

La vulnérabilité des adolescents face au risque suicidaire, quelle qu’en soit la forme, est aiguisée aujourd’hui par les tensions que fait naître la personnalisation croissante de la vie sociale, chacun étant sous ce jour conduit à devenir l’auteur de son action. Pour saisir l’impact de ces tensions, une étude par facteurs ne peut suffire, d’où le projet d’étudier dans le détail les contextes de vie des adolescents confrontés à ce risque.

Deux types de tensions en particulier méritent un examen approfondi. Dans le domaine de la relation, une première tension leur impose d’être affiliés, au premier chef à leur famille, et tout à la fois de marquer leur indépendance. Or, cet équilibre entre loyauté et distance leur est parfois tout simplement impossible à trouver. Dans le domaine relatif à la réussite, les adolescents sont invités à des investissements scolaires ou professionnels dont ils ne peuvent immédiatement mesurer les retombées, d’où le développement chez eux de conduites guidées par l’exercice d’une autorité sur soi, susceptibles de déboucher sur des situations inextricables (marginalisation, violence, harcèlement, toxicomanie, anorexie, etc.).

Pour rendre compte de ces processus, nous proposons d’observer la consultation de deux services hospitaliers de pédopsychiatrie, l’un situé à Tours, l’autre, à Rouen. Dans la mesure où la première unité est d’abord axée sur la gestion des problèmes familiaux, tandis que la seconde reçoit davantage d’adolescents issus de la Protection de l’Enfance, nous espérons ainsi pouvoir couvrir l’ensemble des problématiques suicidaires isolées, par hypothèse, par le projet. L’étude se déroulera sur deux ans. Elle comprendra l’interview des personnels soignants des services (N=30), et l’observation par immersion de la consultation des jeunes accueillis pour un risque suicidaire (N=20). Il s’agira au final de restituer une typologie des situations à risque, dans le but de favoriser l’aménagement d’autres voies de sortie pour ces jeunes, susceptibles de prévenir chez eux l’accès et la récidive suicidaires.

Cette proposition s’inscrit dans l’axe Comportements suicidaires et processus d’adolescence de l’appel d’offres. Elle cherche d’abord à définir les conditions d’une enquête de terrain, en s’appuyant sur une revue de question de la littérature anglo-américaine. Ensuite, en ancrant son analyse du processus d’adolescence dans la perspective d’une exigence de personnalisation accrue, le projet s’avère heuristique à plus d’un titre. La perspective permet par exemple d’éclairer les modes contemporains de l’affiliation adolescente, et offre à cet égard une clé de compréhension à la diffusion des idées suicidaires sur les « réseaux sociaux ». Elle permet de comprendre pourquoi également l’obligation d’éprouver sa valeur s’est accrue chez les jeunes alors même que la démonstration de leur réussite a été différée. Cette tension suscite chez eux une exigence de maîtrise et de respect dont pourraient découler, comme le projet en fait l’hypothèse, de nouvelles expressions suicidaires, animées notamment par la prestance et la vengeance.

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