Politiste
Chargé de recherche CNRS
Courriel : berlivet@vjf.cnrs.fr
Téléphone : 01.49.58.36.86
Thèmes de recherche
- Histoire et sociologie des statistiques de santé : les usages sociaux et politiques de styles de pensée probabilistes
- Hérédité et environnement : sociologie historique de l’eugénisme et du racisme scientifique
- La problématisation du "risque" en santé publique : une combinatoire à base de comportement, d’environnement et d’hérédité
- Généalogie et actualité des maladies génétiques : du "terrain" à la "prédisposition"
Recherches actuelles
L’objet principal de mes recherches actuelles est d’analyser le rôle que joue l’opposition canonique entre "origine héréditaire" et "facteurs environnementaux" dans la problématisation des différences et des inégalités, physiques (c.a.d. biologiques) et mentales (en termes d’intelligence, mais aussi de comportements), entre individus et/ou populations humaines. Pour ce faire, j’étudie la généalogie de ces catégories labiles (l’hérédité n’a cessé d’être reproblématisée, tandis que l’environnement recouvre, selon les cas : l’environnement physique, les conditions sociales et les comportements individuels) de la fin XIXe siècle aux temps présents et, parallèlement, je confronte les explications avancées pour rendre compte, et souvent justifier, les disparités humaines, à différents moments clefs et dans des configurations socio-politiques très dissemblables. L’Italie constitue le terrain privilégié de mes investigations, du fait de l’ampleur des recherches menées, depuis l’Unité italienne, sur ses différentes populations et de l’ampleur des débats politiques qu’elles suscitèrent, des écrits de Cesare Lombroso et Alfredo Niceforo sur les méridionaux aux travaux actuels sur les « isolats génétiques », en passant par l’Eugénisme fasciste… Au cours des dernières années, j’ai ouvert successivement trois chantiers complémentaires :
- une sociologie historique des travaux et des débats suscités par les recherches anthropologiques et médicales menées sur les "isolats de population", d’une part, et les zones de "croisements inter-raciaux", de l’autre, au fin d’objectiver précisément le poids de l’inné et de l’acquis dans l’évolution humaine ;
- une étude approfondie des recherches menées sur la thalassémie depuis les années 1940 et des campagnes de prévention de cette maladie génétique (hémoglobinopathie mendélienne) ;
- les avatars de "l’hérédité latine" : il s’agit d’étudier, en collaborations avec des collègues brésiliens, argentins, italiens, mexicains… l’essor, de la fin du XIXe S. aux lendemains de la Deuxième Guerre mondiale, d’une conception des interactions entre dispositions innées et influence environnementales qui va fonder une forme particulière d’eugénisme et influencer de nombreuses politiques sanitaires et sociales, dans une vaste zone d’influence allant de la Roumanie à l’Amérique du Sud en passant par la l’Italie, la France, la péninsule ibérique et l’Amérique centrale.
Chacun de ces axes de recherche est abordé dans une perspective privilégiant l’analyse des configurations sociales internationales ; la circulation de schèmes de pensée, de techniques d’enquêtes (médicales, anthropologiques et/ou génétiques) et de tropes discursifs ; l’histoire connectée.
Parcours de recherche
Mes recherches initiales visaient à analyser comment s’est opérée, dans la seconde moitié du vingtième siècle, une reproblématisation de la santé humaine dans les catégories du risque, et quelles en furent les conséquences sur le traitement politique de problèmes publics comme l’alcoolisme, le tabagisme... Une série de travaux a porté sur le recours croissant, tout au long du siècle passé, aux techniques statistiques en médecine et santé publique, et l’évolution d’une discipline : l’épidémiologie, qui influence de manière cruciale nos schèmes d’appréhension de la maladie et de la santé. Un séjour post-doctoral à la London School of Hygiene and Tropical Medicine (Wellcome fellowship) m’a permis de développer une enquête comparative Grande-Bretagne, USA, France, visant à saisir l’impact sur le débat public et l’action politique du développement, à partir de l’entre-deux guerres, d’une approche statistique/inférentielle de l’origine des maladies chroniques (comme les cancers et les maladies cardio-vasculaires) en termes de "risque relatif", de "facteurs de risque", etc.
Des recherches complémentaires m’ont ensuite permis d’enrichir cette histoire croisée de la réception par les pouvoirs publics et certains groupes d’intérêt, français, britanniques et américains, de l’"épidémiologie moderne" (qualificatif forgé par les scientifiques eux-mêmes) : la mobilisation de ses catégories d’analyse et des techniques statistiques ne s’est pas faite avec la même intensité dans ces différentes configurations nationales. Toujours dans cette perspective, je me suis également attaché à reconstruire les transformations intervenues dans la prévention des "fléaux sociaux", symbolisée en France par la disqualification (au cours des années 1970) de "l’éducation sanitaire" et l’élaboration d’une "éducation pour la santé" réputée respectueuse des populations ciblées par les campagnes médiatiques. Outre l’intériorisation de critiques concernant le caractère volontiers autoritaire et paternaliste de "l’hygiène sociale", relayées par certains professionnels, cette évolution marque également le début d’une nouvelle phase dans la mobilisation de savoirs issus des sciences sociales aux fins d’amélioration de l’efficacité des campagnes.
Plus récemment, un long séjour à l’Ecole française de Rome (2008-2011) m’a permis de co-diriger (en collaboration avec Maria Pia Donato et Marilyn Nicoud) un programme de recherche internationale : Professions médicales et pratiques de santé du Moyen Âge à l’époque contemporaine, qui a donné lieu à de nombreuses publications en plusieurs langues.
Enseignement
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales :
- Séminaire personnel : Statistiques, Probabilité, Risque : les transformations de la santé publique au XXe siècle
- Séminaire collectif (groupe ESOPP) : Histoire sociale et politique des populations
Bibliographie (extraits)
Ouvrages collectifs & Numéros de revues à comité de lecture
- 2012, Pia Donato M., Berlivet L., Cabibbo S., Nicoud M. (dir.), Médecine et religion : Compétitions, collaborations, conflits (XIIe-XXe siècles), Rome, Ecole française de Rome.
- 2011, Berlivet L., (dir.), Medicalisation, Genèses. Sciences sociales et histoire, 82.
- 2011 Berlivet L., Pia Donato M (dir.), Normale e patologico, sano e malato, Quaderni Storici, 1.
- 2009, Berlivet L., Capocci M. (dir.), The Road to Biomedicine : Italy and France in an international perspective, Medicina nei Secoli, 20(2).
Articles & Contributions à des ouvrages scientifiques
- 2011, Berlivet L., Médicalisation, Genèses. Sciences sociales et histoire, 82 : 2-6.
- 2011, Berlivet L., Pia Donato M., Premessa : Normale e patologico, sano e malato, Quaderni Storici, 1 : 3-12.
- 2011, Berlivet L., Uno stato liminale : il "rischio sanitario" e la sovversione della normalità medica nella seconda metà del xx secolo, Quaderni Storici, 1 : 121-144.
- 2010, Berlivet L., Les médecins, le tabagisme et le Welfare State : Le gouvernement britannique face au cancer (1947-1957), Annales. Histoire Sciences Sociales, 65(1) : 157-190.
- 2010, Berlivet L., Determinismo biologico e ineguaglianza razziale : i metamorfosi di un dibattito scientifico e politico, Contemporanea : Rivista di storia dell’800 e del ’900, 13(2) : 369-379.
- 2010, Berlivet L., Épidemiologie, in : Santé publique : L’état des savoirs, Fassin D., Hauray B. (dir.),Paris, La découverte, 35-54.
- 2009, Berlivet L., The Ubiquitous Mandarin. Notes on the Social Organization of Elite Medicine in the Twentieth Century, Medicina nei Secoli, 20(2) : 847-869.
- 2005, Berlivet L., Uneasy Prevention : The problematic modernization of Health Education in France after 1975, in : Medicine, the Market and Mass Media : Producing Health in the Twentieth Century, Berridge V., Loughlin K. (dir.), London, Routledge, 95-122.
- 2005, Berlivet L., Association and causation : the controversy over the scientific status of “risk factor” epidemiology c.1947-c.1965, in : Networks of knowledge and Power : Science, Research and Policy since 1945, Berridge V. (dir.), London-Amsterdam, Rodopi (Wellcome Series in the History of Medicine), 43-74.
- 2005, Berlivet L., Exigence scientifique et isolement institutionnel : l’essor contrarié de l’épidémiologie française dans la seconde moitié du XXe siècle, in : Body Counts : Medical Quantification in Historical and Sociological Perspectives, Jorland G., Opinel A., Weisz G. (dir.), 335-58
- 2004, Berlivet L., Une biopolitique de l’éducation pour la santé. La fabrique des campagnes de prévention, in : Le gouvernement des corps, Fassin D., Memmi D. (dir.), Paris, Éditions de l’EHESS (collection "Cas de figure"), 37-75.
- 2002, Berlivet L., Déchiffrer la maladie. Epidémiologie et cultures de santé publique, in : Les cultures de la santé publique, Dozon J.P., Fassin D. (dir.), Paris, Balland, 75-102.
- 2000, Berlivet L., De l’éducation sanitaire à la promotion de la santé. La santé publique face aux accusations de moralisme, in : La santé dans tous ses états, Garrigou A. (dir.), Paris, Atlantica, 243-270.
- 1999, Berlivet L., Argumentation scientifique et espace public : la quête de l’objectivité dans les controverses autour des risques de santé, in : Les transformations structurelles de l’espace public, François B. , Neveu E. (dir.), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 185-208.