Une fragmentation paradoxale ? Savoirs et ignorances dans la gestion de la pollution de l'air à Paris

Soutenance de thèse de doctorat en sociologie de Justyna Moizard-Lanvin

16 décembre 2022

Université Paris Cité - bâtiment Jacob (salle des thèses), 5e étage, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris

Jury

Olivier Martin, Professeur des universités, Université Paris Cité (rapporteur)
Judith Rainhorn, Professeure des universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (rapporteuse)
Soraya Boudia, Professeure des Universités, Université Paris Cité (directrice de thèse)
Maurice Cassier, Directeur de Recherche, CNRS (directeur de thèse)
Kim Fortun, Professor, the University of California, Irvine (examinatrice)
Pierre-Benoît Joly, Directeur de Recherche, Inra (examineur)
Jean-Paul Gaudillière, Directeur de recherche, Inserm et Directeur d'études cumulant, EHESS (examinateur)

Résumé

Cette thèse au croisement de la sociologie des sciences et des techniques (Science and Technology Studies) et de la sociologie des risques collectifs a pour point de départ un double constat. Le premier est que la pollution de l’air est encore aujourd’hui considérée comme un problème majeur de santé publique malgré des alertes récurrentes depuis les années 1960, la mise en place de structures de surveillance de qualité de l’air et de veille sanitaire en Europe et en Amérique du Nord et la construction d’un consensus scientifique basé sur l’accumulation d’un ensemble de corpus de connaissances scientifiques en épidémiologie, toxicologie, pneumologie, physico- chimie de l’atmosphère, météorologie et métrologie. Le second constat est le rôle accru attribué par l’OMS et/ou réclamé par des villes dans la prise en charge récente du problème de la pollution de l’air. Ceci se manifeste par l’organisation de réseaux comme celui des C40 Cities Climate Leadership Group, un réseau international de villes dites globales qui met en place des politiques de lutte contre la pollution de l’air et le changement climatique en complément ou en substitution de politiques nationales.

Sur la base de ces constats, cette thèse porte sur les transformations de la définition et la gestion du problème de la pollution de l’air à Paris, un acteur actif du réseau des C40 Cities. Elle étudie comment les différents groupes d’experts scientifiques se sont saisis, depuis le grand smog de Londres de 1952, du problème de la pollution de l’air. À partir d’une enquête empirique mobilisant différentes méthodologies (entretiens, observation ethnographique, analyse de corpus documentaires), elle s’intéresse aux types des savoirs produits par ces experts pour accompagner les autorités municipales dans la prise en charge du problème. Pour analyser les résultats de l’enquête empirique, elle reprend le concept de la « fragmentation des savoirs » proposé par Kim et Mike Fortun (2014) pour qualifier la distribution des savoirs dans le champ de risques sanitaires et environnementaux. Elle propose un prolongement de l’analyse de la « fragmentation des savoirs », en ne considérant pas uniquement les modalités de production des savoirs, mais également les effets de cette fragmentation. Elle montre que cette dernière a deux effets, de prime à bord paradoxaux avec l’accumulation d’un important corpus de savoirs. Le premier est une accumulation de connaissances scientifiques sur l’exposition à la pollution de l’air qui ne répondent pas entièrement aux préoccupations des médecins généralistes et des associations de citoyens concernant l’augmentation de pathologies environnementales. La seconde est la production d’espaces de la « science non faite » (Frickel et al., 2010 ; Hess, 2016, 2020) sur plusieurs aspects des expositions environnementales que ce soit sur les pathologies environnementales ou sur la distribution des inégalités sociales et environnementales de santé. Elle interroge enfin les effets politiques de cette fragmentation paradoxale.

Mots-clés : pollution de l’air, santé environnementale, fragmentation paradoxale, science non faite, ignorances, pathologies environnementales 


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