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Roux Alexandra

Docteure en sociologie

Membre du laboratoire junior Contraception&Genre

Contact : aroux.edu(at)gmail.com

Thèmes de recherche et d’enseignement

Sciences sociales des sciences et des techniques, de la médecine et de la santé : production des savoirs sur le corps ; profession et spécialités médicales ; expertise scientifique ; médicaments et industries pharmaceutiques ; inégalités sociales de santé ; interdisciplinarité dans les sciences de la santé.

Etudes de genre : contraception, sexualité, santé ; (bio)médicalisation du corps des femmes ; socialisation, production et reproduction du genre ; produits culturels pour enfants ; mobilisations féministes pour les droits reproductifs.

Méthodes qualitatives et quantitatives en sciences sociales : analyse bivariée et multivariée (analyses factorielles et classifications, régressions), analyse textuelle ; travail d’archives ; entretiens biographiques ; enjeux méthodologiques des approches socio-historiques ; réflexions sur la représentation graphique des données.

Thèse soutenue le 16 juin 2020 : « Par amour des femmes » ? La pilule contraceptive en France, genèse d’une évidence sociale et médicale (1960-2000)

Sous la direction d'Ilana Löwy et de Nathalie Bajos (Inserm-Cesp, EHESS/Iris)

Après plusieurs années de débats sur la légalisation de la contraception en France, qui se soldent par la loi Neuwirth de 1967, la pilule contraceptive connait une diffusion massive dans les années 1970-1980, et finit par occuper une place centrale dans la panoplie des moyens contraceptifs à la fin des années 1980. La centralité du recours à cette méthode est perceptible tant dans les pratiques contraceptives elles-mêmes que dans les discours des prescripteurs·trices qui en font une méthode de première intention (alors que les autres méthodes sont souvent prescrites par défaut). Cette centralité interroge au regard des mises en causes médiatiques que la pilule a connues, ainsi que des systèmes contraceptifs des autres pays européens. En effet, à part l’Allemagne où l’utilisation de la pilule est très répandue également, tous les autres pays européens connaissent des taux de recours à cette méthode beaucoup plus faibles, et elle n’est qu’une option parmi d’autres dans l’éventail des pratiques contraceptives. En France, elle fait figure d’évidence pour les professionnel·les de santé lorsqu’ils recommandent une méthode à des personnes en demande de contraception. La thèse retrace la genèse de cette évidence, en montrant de quelle manière le recours à la pilule comme méthode principale de contraception est devenu, entre 1960 et 2000, une norme sociale et médicale. Elle s'appuie pour cela sur un large corpus d'archives, sur des entretiens avec des expert·es en contraception, et sur les données d'enquêtes nationales sur les pratiques contraceptives et prescriptives.

Cette recherche montre que contrairement aux discours présentant la pilule comme une « révolution » dès son arrivée dans les années 1960, la norme contraceptive française centrée sur la pilule ne se généralise qu’au cours des années 1980. En parallèle de cette évolution dans les pratiques, la pilule devient centrale dans les représentations médicales et médiatiques à la fin des années 1960, jusqu'à se confondre avec la contraception dans son ensemble. Ce « pilulocentrisme » médical et médiatique s'accompagne de l'éviction des autres méthodes contraceptives. Il contribue à définir, en France, la contraception comme une « affaire de femmes » : la responsabilité contraceptive reposant sur les femmes est construite comme une évidence, au point qu'elle est naturalisée.

Ce travail de thèse éclaire en outre le rôle des expert·es en contraception dans la définition et la diffusion de cette norme. D'une vision de la contraception comme une panoplie de méthodes, ces expert·es évoluent progressivement vers l'idée que la pilule est la seule méthode efficace et sans risque, dans les limites de ses contre-indications. Le développement dans les années 1960 et 1970 de la spécialité de gynécologie médicale de ville contribue par ailleurs à la féminisation et à la médicalisation de la contraception. Découlant de cela, la formation médicale en contraception s'est progressivement centrée sur les contraceptifs oraux, conduisant petit à petit les médecins à considérer la pilule comme méthode de première intention, le dispositif intra-utérin en seconde intention, et à disqualifier les autres méthodes.

Les industries pharmaceutiques ont également un rôle déterminant dans la définition des catégories mobilisées par les expert·es, et dans la focalisation progressive de l'offre contraceptive sur les contraceptifs oraux. À partir des années 1970, les stratégies commerciales des firmes se centrent sur la promotion de produits nouveaux sur le marché, et particulièrement sur les pilules de nouvelles générations, qui représentent un enjeu commercial et financier considérable.

Les logiques des industries et des expert·es ont d'autant plus de poids qu'il n'existe pas de contre-expertise, de contre-pouvoir ou de groupe mobilisé pour contester cette norme. Si des mises en cause médicales, scientifiques et militantes des contraceptifs existent dans plusieurs pays européens et aux États-Unis entre les années 1970 et les années 2000, elles ont peu d'écho en France. Du côté des utilisatrices, malgré l’expression régulière d’insatisfactions vis-à-vis de cette méthode, on ne constate pas de mobilisation durable contre son recours, qui ne cesse de croître sur la période analysée. Quant aux mouvements pour la liberté procréative des années 1970, ils ont participé à légitimer la norme contraceptive française plutôt qu'ils ne l'ont contestée. Alors que dans d'autres pays, les mouvements féministes ont porté une critique des contraceptifs oraux, de leurs effets sur la santé et de la responsabilité qu'ils font peser sur les femmes, ces discours restent marginaux en France, et la norme contraceptive française demeure incontestée jusqu’aux années 2000.

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