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Démocratie sanitariste et politique industrielle au Brésil avant la crise :  La singulière trajectoire d'une molécule contre le virus du VIH/Sida et l'hépatite B

Soutenance de thèse de doctorat en sociologie de Juliana Veras

16 janvier 2020, à 14h30

Salle A09_51, EHESS, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris

 

Jury

Rigas Arvanitis, Institut de Recherche pour le Développement (rapporteur)
Samira Guennif, Université de Paris 13 (rapporteuse)
Maurice Cassier, CNRS (directeur de thèse)
Pierre Chirac, Revue Prescrire
Marilena Corrêa, Université de l’Etat de Rio de Janeiro 
Jean-Paul Gaudillière, EHESS et Inserm

Résumé

Le Brésil a été érigé comme modèle dans sa réponse à l'épidémie de VIH/sida. Dès la deuxième moitié des années 1990, il fut le premier pays du sud à entreprendre un programme de distribution universelle et gratuite d'antirétroviraux pour sa population fondé sur le droit à la santé. Le succès de cette politique de santé publique se doit à la mise en œuvre du Système unique de santé (SUS) et peut être attribué à plusieurs facteurs, dont la participation du mouvement de lutte contre le VIH/sida, un état activiste inspiré par le mouvement sanitariste brésilien, ainsi que la production locale d’antirétroviraux génériques par les laboratoires publics et privés brésiliens afin d’approvisionner le SUS. Dans ce contexte, cette thèse porte sur la trajectoire du ténofovir, une molécule contre le VIH/sida et l’hépatite B inventée en Europe et développée par le laboratoire états-unien, Gilead Sciences. Cet antirétroviral traversera la scène du Brésil à partir de 2003 dans un contexte social particulier de transformations avec l’élection présidentielle de Luiz Inácio Lula da Silva, d’optimisme économique et d’expansion de politiques sociales en faveur de la population. Alors qu’à la suite de l’accord sur les ADPIC les médicaments devinrent, à partir de 1996, des produits appropriables par brevet au Brésil, cette étude propose de décrire trois scènes fondamentales de la trajectoire de ce médicament dans ce pays : le processus de construction sociale du droit de la propriété intellectuelle, à partir des batailles juridiques sur la brevetabilité du ténofovir ; les défis technologiques pour la production locale générique de ce médicament dans le cadre de la politique industrielle des partenariats de développement productif ; et enfin, la construction de cette politique industrielle mise en œuvre par l’État pour assurer la production locale des médicaments essentiels à des prix abordables afin de garantir leur accès pour les patients du SUS. Notre travail s’inscrit dans l’intersection de la sociologie de la santé, de la sociologie du droit, ainsi que de la sociologie des sciences et des techniques. En suivant la trajectoire singulière de ce médicament, que nous avons reconstituée à partir des différentes arènes où nous avons réalisé notre terrain entre les années 2011 et 2013, nous chercherons à dégager leur unité et consolider notre compréhension sur les défis contemporains de la démocratie sanitariste brésilienne dans la conduction d’une politique industrielle au service SUS. Plus largement, nous espérons que les leçons de l’expérience brésilienne sauront apporter un éclairage sur les enjeux confrontés par les démocraties comptemporaines dans ce champ aussi conflictuel que la politique du médicament à l’heure actuelle de la mondialisation de la santé et de la financiarisation de nos économies.

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