Projets en cours

  • Etude sur l'histoire d'associations d'inspection du travail (fin XXe-début XXIe siècles)

    Contrat Ministère du travail (2017-2020) | Cermes3
    Coordinateur : Vincent Viet, Cermes3

    Au cours des années 1980, des inspecteurs du travail ont pris l'initiative de créer des associations d'inspection du travail. L'association Villermé s'est ainsi constituée en 1982, puis l'association L611-10 quelque temps plus tard. Ces initiatives se sont inscrites dans un contexte d'un monde du travail en plein bouleversement, de mise en œuvre des Lois Auroux où l'inspection a joué un rôle spécifique, et de la volonté de ces agents publics de faire évoluer leur pratique professionnelle et l'inspection du travail.

    Durant une vingtaine d'années, ces associations ont mené des réflexions sur l'exercice du métier d'inspecteur du travail en se confrontant à des acteurs extérieurs. Composées d'agents de contrôle, elles ont pu associer à leurs réflexions d'autres acteurs tels que des universitaires, des magistrats, des syndicalistes ou préventeurs, des inspecteurs du travail d'autres pays européens. Ces associations sont intervenues, chacune à leur manière, dans le débat public sur le travail et l'emploi et bien entendu, sur le service public de l'inspection.

    L'objet de l'étude est d'analyser l'histoire de ces deux associations en les situant dans l'histoire de l'inspection du travail et du ministère du Travail, de comprendre les raisons de leur émergence ainsi que leurs évolutions respectives, d'établir les convergences et les divergences qui les opposaient, d’apprécier leur impact au sein des services et les rapports qu'elles ont entretenus avec l'encadrement, le ministère du travail et les organisations syndicales de l'inspection. Il s’agit notamment de faire ressortir ce que ces associations ont apporté à l'inspection du travail et aux politiques menées par le ministère, sans bien sûr négliger les limites éventuelles de leur action.

    Une correspondance est proposée avec la réforme de l'inspection du travail engagée en 2014 et actuellement en cours d'application, dans le but de nourrir la réflexion des différents acteurs sur le rôle et le mode d'intervention du service public d'inspection du travail dans notre pays.

    L'étude s'appuie tout à la fois sur :

    • une quarantaine d’entretiens avec des agents de contrôle ayant appartenu ou n'ayant pas appartenu à ces associations, des cadres ou des responsables du ministère, des personnalités ayant eu des liens avec elles ;
    • sur les archives conservées des associations susmentionnées ;
    • et, en tant que de besoin, sur la littérature grise et scientifique.
  • Faire sens du cancer à l’ère de la génomique

    Contrat INCa (2018-2021| Cermes3
    Coordinatrices : Claire Beaudevin et Catherine Bourgain, Cermes3

    La molécularisation génétique du cancer n'a eu, jusqu'à récemment, qu'un impact limité sur sa prise en charge clinique et sur l'organisation des soins. Mais avec l'essor des thérapies ciblées et des tests génétiques associés, la situation a changé.

    Les sciences sociales se sont emparées de cette évolution surtout par l'étude d’essais dans des centres de recherche clinique. Trop peu d'attention a été portée à la génomique des tumeurs comme pratique massive et routinisée. Pourtant, l'importance des contextes cliniques locaux et de la circulation des standards et des technologies pour la fabrique de la biomédecine est aujourd’hui bien décrite.

    Ce projet vise à étudier comment l'introduction massive des technologies et connaissances génomiques modifie les manières dont professionnels et patients font collectivement sens du cancer. L’arrivée des technologies génomiques dans le champ du cancer ne saurait être analysée comme un mécanisme de diffusion linéaire depuis la biologie fondamentale vers le patient, mais comme un processus de négociations entre divers acteurs (biologistes, cliniciens, pathologistes, patients, bioinformaticiens, industriels…) À partir des espaces de négociation – plates-formes de génomique clinique, associations de patients et interactions cliniques - notre ethnographie multi-sites se concentre sur trois plates-formes de génétique moléculaire de l'INCa et une plate-forme nationale récente de séquençage à haut débit.

    Notre objectif est de produire des données qualitatives fines sur les conditions sociotechniques, épistémiques et organisationnelles qui façonnent l'intégration de la génomique dans les pratiques cliniques en oncologie, sur les expériences et les formes de socialisation de la maladie. Il s’agit à la fois de mettre en lumière des pratiques concrètes du point de vue d'acteurs sous-étudiés et de répondre à la question : « le cancer peut-il être pris en charge comme ‘une maladie génomique parmi d’autres’ » ?

    Partenaires : Ashveen Peerbaye (Lisis, Université Paris Est), Marc Billaud (Centre Léon Bérard, Cnrs)

  • From International to Global: Knowledge, Diseases, and the Postwar Government of Health (Globhealth)

    Contrat ERC (2014-2018) | Cermes3
    Coordinateur : Jean-Paul Gaudillière, Cermes3

    This project aims at a socio-historical study of the transition between the two regimes of knowledge and action, which have characterized the government of health after World War II: the regime of international public health, dominating during the first decades of the postwar era, which was centered on eradication policies, nation-states and international UN organizations; the present regime of global health, which emerged in the 1980s and is centered on risk management and chronic diseases, market-driven regulations, and private-public alliances. The project seeks to understand this transition in terms of globalization processes, looking at the making of knowledge, the production and commercialization of health goods, the implementation of public health programs, and routine medical work. It will focus on four fields of investigations: tuberculosis, mental health, traditional medicine and medical genetics in order to understand how categories, standardized treatment regimens, industrial products, management tools or specific specialties have become elements in the global government of health.

    Participants Cermes3 : Claire Beaudevin, Anne Lovell, Laurent Pordié
    Membres externes : Christoph Gradmann (University of Oslo)

    Site web de Globhealth

  • Healing Encounters: Reinventing an indigenous medicine in the clinic and beyond

    Contrat ERC (2018-2022) 
    Coordinatrice : Emilia Sanabria, Cermes3

    This project aims to develop a symmetrical, ethnographically grounded theory of what healing entails from the perspective of those who give, receive or evaluate healing. It is designed to break with binary frames that contrast indigenous and biomedical healing, positioning them on a tradition–modernity continuum. To do this, it will study the striking expansion and prolific reinventions of healing practices that make use of the Amazonian herbal brew ayahuasca. The unprecedented globalization of this indigenous medicine provides a unique opportunity to study healing encounters ethnographically. The project will examine healing across three related sites: Healing in the City will examine the production of neo-traditional urban healing forms. Healing in the Laboratory will analyse how ayahuasca is reinvented as a psychiatric tool to treat mental health problems and Healing in the Forest will study the contemporary reconfigurations of indigenous shamanism in Amazonia. These practices are entangled in long histories of postcolonial encounters: they are all – neotraditional, biomedical and indigenous alike – thoroughly modern and mixed. The comparative analysis is structured around three transversal objectives: 1) Material Semiotics: will map the entanglement of biological and symbolic effects; 2) Encounters Beyond-the-Human: will push medical anthropology beyond the human by paying attention to the healing propitiated by more-than-human beings and 3) Radical Alterity in a Common World of Encounters.

    https://encounters.cnrs.fr/

  • L’expérience des discriminations et du racisme des personnes d’origine asiatique - de l’Asie de l’Est et du Sud-est - en France (REACTAsie)

    Contrat Défenseur des droits (2020-2022)
    Coordinatrice : Simeng Wang, Cermes3

    Le projet REACTAsie ("L’expérience des discriminations et du racisme des personnes d’origine asiatique - de l’Asie de l’Est et du Sud-est - en France") est financé par le Défenseur des droits pour une durée de 18 mois (octobre 2020 - mars 2022).

    Cette recherche-action porte sur l’expérience des discriminations et du racisme des personnes d’origine asiatique (de l’Asie de l’Est et du Sud-est) en France, en se focalisant sur celles des jeunes diplômés ou qualifiés (20-35 ans). Ce projet s’appuie sur un partenariat déjà établi entre le réseau de recherche MAF (Migrations de l’Asie de l’Est et du Sud-Est en France) et l’Association des Jeunes Chinois de France (AJCF). Les deux organisations souhaitent coopérer afin de mieux comprendre le racisme et le phénomène discriminatoire contemporain qui touchent les personnes d’origine asiatique, ainsi que de mieux les combattre.

    Cette recherche-action a un double objectif. Sur le plan scientifique, il vise à analyser les formes des discriminations subies par les jeunes diplômés ou qualifiés d’origine asiatique en France, les mécanismes de production des discriminations dans les différents espaces sociaux (école, travail, soin, service public, lieux de sociabilité, etc.), ainsi que le vécu subjectif des victimes. Nous nous efforçons d’étudier à la fois la variation des expériences des discriminations selon les trajectoires sociales, la génération migratoire (descendants et primo-arrivants), le sexe, la position sociale etc., mais aussi les situations d’interaction typiques qui permettent de caractériser l’expérience des discriminations des personnes d’origine asiatique.

    Sur le plan social, ce projet vise à offrir des soutiens psychologiques aux victimes. L’objectif est aussi de sensibiliser la population française en générale, afin de renforcer la réflexivité, la résilience et la capacité d’action des personnes qualifiées d’origine asiatique dans la société française ; tout ceci à travers la création d’un espace de parole et d’échange entre les chercheurs et les personnes d’origine asiatique impliquées dans le projet. Nous organiserons des évènements de grand public (type « conférences-débats ») à ce propos. Nous envisageons aussi de concevoir de nouveaux supports multimédias de diffusion des connaissances scientifiques, ainsi que de nouveaux dispositifs de sensibilisation aux discriminations, de recueil des témoignages et de prise en charge des victimes.

  • Le prix du cancer. Sociologie politique et économique des innovations thérapeutiques

    Contrat Institut National du Cancer (2018-2021) | Cermes3
    Coordinateur : Pierre-André Juven, Cermes3

    Partant du constat d’un coût très élevé des médicaments dans la lutte contre le cancer et d’un enjeu fort pour la soutenabilité du système de santé, ce projet de recherche vise à fournir une étude sociologique des controverses relatives à la construction des prix des médicaments innovants et de leurs effets sur l’organisation des soins. Des travaux sociologiques ont porté sur la régulation du médicament ou sur l’histoire des savoirs médico-économiques mais aucun jusqu’à présent ne s’est intéressé aux controverses actuelles relatives à l’évaluation médico-économique des nouveaux médicaments contre le cancer ni au rôle de cette évaluation dans la fixation des prix. De même, si des enquêtes ethnographiques ont montré les effets du nouveau management public ou des modes de financement pour les organisations de santé, aucune n’a pour l’instant été conduite sur les effets des prix des médicaments en établissements.

    L’objectif de ce projet de recherche est double. Premièrement nous voulons proposer une analyse la plus complète possible des procédures d’évaluation et de fixation des prix des médicaments innovants contre le cancer en étudiant les formes d’évaluations concurrentes. Deuxièmement, nous entendons étudier les effets des prix de ces médicaments sur les représentations et les pratiques médicales voire sur l’organisation des soins. Pour atteindre ces objectifs, notre enquête mobilisera quatre types de matériaux : entretiens semi-directifs, observations ethnographiques, étude de rapports et littérature grise et enquête par questionnaire.

    Membres du projet : Catherine Bourgain (Inserm, Cerme3), Maurice Cassier (CNRS Cermes3), Catherine Le Galès (CNRS, Cermes3)
    Partenaires : Brigitte Dormont (Université Paris Dauphine), Lionel Perrier et Marc Billaud (Centre de lutte contre le Cancer Léon Bérard, Lyon), Stéphanie Bordenave et Jaafar Bennouna (CHU Nantes), François Goldwasser (Hôpital Cochin, Paris)

  • Payer de sa personne. Une ethnologie de la consultation pour adolescents suicidaires

    Contrat DREES / Observatoire National du Suicide (2019-2020| Cermes3
    Coordinateur : Philippe Le Moigne, Cermes3 (en collaboration avec Margot Morgiève)

    La vulnérabilité des adolescents face au risque suicidaire, quelle qu’en soit la forme, est aiguisée aujourd’hui par les tensions que fait naître la personnalisation croissante de la vie sociale, chacun étant sous ce jour conduit à devenir l’auteur de son action. Pour saisir l’impact de ces tensions, une étude par facteurs ne peut suffire, d’où le projet d’étudier dans le détail les contextes de vie des adolescents confrontés à ce risque.

    Deux types de tensions en particulier méritent un examen approfondi. Dans le domaine de la relation, une première tension leur impose d’être affiliés, au premier chef à leur famille, et tout à la fois de marquer leur indépendance. Or, cet équilibre entre loyauté et distance leur est parfois tout simplement impossible à trouver. Dans le domaine relatif à la réussite, les adolescents sont invités à des investissements scolaires ou professionnels dont ils ne peuvent immédiatement mesurer les retombées, d’où le développement chez eux de conduites guidées par l’exercice d’une autorité sur soi, susceptibles de déboucher sur des situations inextricables (marginalisation, violence, harcèlement, toxicomanie, anorexie, etc.).

    Pour rendre compte de ces processus, nous proposons d’observer la consultation de deux services hospitaliers de pédopsychiatrie, l’un situé à Tours, l’autre, à Rouen. Dans la mesure où la première unité est d’abord axée sur la gestion des problèmes familiaux, tandis que la seconde reçoit davantage d’adolescents issus de la Protection de l’Enfance, nous espérons ainsi pouvoir couvrir l’ensemble des problématiques suicidaires isolées, par hypothèse, par le projet. L’étude se déroulera sur deux ans. Elle comprendra l’interview des personnels soignants des services (N=30), et l’observation par immersion de la consultation des jeunes accueillis pour un risque suicidaire (N=20). Il s’agira au final de restituer une typologie des situations à risque, dans le but de favoriser l’aménagement d’autres voies de sortie pour ces jeunes, susceptibles de prévenir chez eux l’accès et la récidive suicidaires.

    Cette proposition s’inscrit dans l’axe Comportements suicidaires et processus d’adolescence de l’appel d’offres. Elle cherche d’abord à définir les conditions d’une enquête de terrain, en s’appuyant sur une revue de question de la littérature anglo-américaine. Ensuite, en ancrant son analyse du processus d’adolescence dans la perspective d’une exigence de personnalisation accrue, le projet s’avère heuristique à plus d’un titre. La perspective permet par exemple d’éclairer les modes contemporains de l’affiliation adolescente, et offre à cet égard une clé de compréhension à la diffusion des idées suicidaires sur les « réseaux sociaux ». Elle permet de comprendre pourquoi également l’obligation d’éprouver sa valeur s’est accrue chez les jeunes alors même que la démonstration de leur réussite a été différée. Cette tension suscite chez eux une exigence de maîtrise et de respect dont pourraient découler, comme le projet en fait l’hypothèse, de nouvelles expressions suicidaires, animées notamment par la prestance et la vengeance.


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